RCAAQ : voir grand, jeune et contemporain
« Les arts visuels ont le vent dans les voiles en ce moment. Biennales, foires, expositions d’artistes québécois à l’étranger, tradition émergente d’achat d’œuvres d’artistes contemporains au Québec : l’art visuel devient de plus en plus visible », constate Bastien Gilbert, directeur général du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ). Malgré une présence moins éclatante dans les médias grand public, l’art visuel contemporain jouit d’une solide notoriété, qui va grandissant d’année en année.
Le travail du RCAAQ n’est certes pas étranger à ce succès croissant que connaît le milieu depuis les années 1980. Fondé en 1986, l’organisme devait répondre à l’origine à l’urgente nécessité de rendre les besoins des artistes plus présents à l’esprit des décideurs politiques. Le RCAAQ a pu obtenir la création de nouveaux programmes destinés aux artistes en arts visuels et l’accroissement du financement qui leur est réservé en plus d’appuyer la fondation et la reconnaissance par le Conseil des Arts du Canada de dizaines de centres d’artistes.
Au fil des ans, le RCAAQ a développé toute une gamme de services de soutien au développement, à la promotion et à la mobilisation des centres d’artistes autogérés. Le portail Internet Réseau Art Actuel sert par exemple maintenant de plate-forme d’échange d’information concernant activités, expositions, publications et meilleures pratiques dans le domaine de l’art contemporain.
La particularité du RCAAQ est d’encourager le travail collectif et la prise en charge par les artistes eux-mêmes de l’administration de leur centre. « La gestion des organismes par les artistes est un concept nouveau qui intéresse beaucoup de gens à travers le monde. Traditionnellement, l’art visuel s’exprime par des individus, très rarement dans le cadre de projets collectifs, contrairement au cinéma, au théâtre ou à la danse, par exemple. Lorsque nous rencontrons des partenaires de l’étranger, ils se demandent souvent comment des artistes en arts visuels qui travaillent la plupart du temps seuls dans leur atelier font pour travailler ensemble. Mais, en fait, ça fonctionne bien », souligne M. Gilbert.
C’est au tout dernier moment que le RCAAQ a décidé de sauter dans le train du 2-22. Après le désistement du studio XX, l’organisme n’a eu qu’une petite centaine d’heures pour confirmer sa participation. Ce qui a fait pencher la balance aussi rapidement en faveur du déménagement a été l’occasion rêvée qui se présentait de réaliser un vieux rêve de fonder une véritable librairie spécialisée en art contemporain et de s’établir en plein centre-ville, aux côtés de deux organismes membres et à proximité du Musée d’art contemporain.
Le grand objectif de l’organisme pour les prochaines années est de travailler à faire de Montréal une plaque tournante de l’art contemporain au niveau international. Des locaux administratifs et des espaces d’expositions trois fois plus vastes et un site privilégié au cœur de la métropole ouvriront les portes à des collaborations de bien plus grande envergure avec les partenaires étrangers. Il sera à ce moment-là encore plus aisé de faire rayonner les œuvres d’artistes québécois à l’extérieur du pays, une dimension essentielle dans un milieu artistique axé sur l’international.
L’emplacement stratégique et l’achalandage de l’édifice devraient également amener une plus grande visibilité au milieu des arts visuels et contemporains et séduire de nouveaux publics chez les Montréalais.
M. Gilbert espère que ce nouveau site ouvert sur le cœur même du Quartier des Spectacles aidera à briser « la gêne de la galerie silencieuse » qui frappe encore une large part de la population et l’empêche de s’éclater par l’art contemporain comme elle le fait par le cinéma, la musique ou la danse. « L’art contemporain, ce n’est pas toujours intellectuel, tu as du fun en regardant ça aussi ! », lance t-il. « Ce que je trouve encourageant surtout c’est de voir les jeunes s’intéresser à ce milieu. Beaucoup de jeunes artistes ouvrent leur galerie d’art et les œuvres prennent place de plus en plus dans l’espace public. » Montréal, métropole mondiale des arts contemporains ? Tout semble maintenant en place pour y parvenir !
Gabrielle Michaud-Sauvageau
